RSF outrée par les profiteurs de Charlie Hebdo

La rupture de stock des premiers exemplaires du “numéro des survivants” de Charlie Hebdo alimente un commerce parallèle indécent, une injure à la mémoire des journalistes du magazine.

La nouvelle édition du magazine Charlie Hebdo est d’ores et déjà épuisée, quelques heures seulement après la sortie en kiosque de 700 000 exemplaires. Dans l’attente d’un ravitaillement, certains exemplaires papier ou des copies digitales piratées se retrouvent sur des sites de ventes aux enchères, parfois à des prix exorbitants. Le Bon Coin et Price Minister ont décidé d’interdire ces pratiques. L’américain Ebay les tolère.

“Il est navrant de constater qu’après une telle tragédie, certains essaient de faire leur beurre sur le dos de Charlie Hebdo”, déplore Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. “Nous appelons ces “profiteurs de Charlie” à la décence et au respect de la mémoire de ceux qui ont perdu la vie pour défendre la liberté de l’information et d’expression. Ce commerce parallèle qui s’organise est lamentable. Il faut à tout prix éviter que ce numéro ’des survivants’ fasse l’objet d’une surenchère, pour qu’il soit lu urbi et orbi, vendu à son prix et pas plus ».

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Infographie : Cinq attaques meurtrières contre des médias

RSF

Le massacre de Charlie Hebdo vient s’ajouter à une liste bien trop longue d’attaques sanglantes contre les médias. Toutes n’ont pas recueilli la même condamnation par la communauté internationale. Pourtant, une même violence insupportable les caractérise. Reporters sans frontières présente cinq attaques parmi les plus violentes perpétrées contre les médias ces 10 dernières années.

Charlie Hebdo (FRANCE)
7 janvier 2015
Deux hommes armés font irruption dans les locaux de Charlie Hebdo. Bilan : 12 morts dont huit journalistes.

Le mercredi 7 janvier 2015, deux hommes armés de Kalachnikov font irruption dans les locaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo à Paris. Ils abattent froidement huit journalistes de la rédaction avant de se lancer dans une course poursuite meurtrière qui coûtera la vie à quatre autres personnes, dont des fonctionnaires de police. Depuis 2006 et la publication de caricatures du prophète Mahomet, les journalistes de Charlie Hebdo étaient régulièrement menacés et bénéficiaient pour certains d’une protection policière. En 2011, un incendie criminel avait visé leur locaux.

ThisDay (NIGERIA)
26 avril 2012
Boko Haram frappe à deux reprises les locaux de ThisDay le même jour. Au total neuf personnes sont tuées.

Au Niger, Boko Haram frappera deux fois dans la même journée du 26 avril 2012 contre le quotidien ThisDay, à Abuja et à Kaduna, dans le nord du pays. Dans la capitale, un kamikaze à bord d’une jeep se fait exploser devant l’imprimerie du quotidien, tuant quatre personnes et en blessant une dizaine. Simultanément, à Kaduna, une voiture piégée explose dans la rue abritant les bureaux de ThisDay, tuant quatre autres personnes et en blessant une vingtaine d’autres. Boko Haram revendiquera les deux attaques, expliquant vouloir envoyer un “message fort” aux autres médias qui ne “sont pas objectifs et justes, qui ont choisi le camp du gouvernement nigérian contre le nôtre”.

Club de la presse (PAKISTAN)
22 décembre 2009
Un kamikaze se fait exploser devant le Club de la presse de Peshawar faisant trois morts dont un collaborateur de média et plusieurs blessés parmi lesquels un caméraman.

C’est un symbole qui a été visé le 22 décembre 2009 au Pakistan, dans la ville de Peshawar. Un attentat-suicide cible les bâtiments du Club de la presse local, où se retrouvent les journalistes de la ville. Comme le plus souvent dans ce type d’attaque, le kamikaze se fait exploser dans la matinée. Il tue un policier, le comptable du Club, ainsi qu’une passante. Dix-sept autres personnes sont blessées, dont un cameraman.

Massacre de Maguindanao (PHILLIPINES)
23 novembre 2009
C’est le plus grand massacre de l’histoire de la presse. Une milice privée abat 32 journalistes rassemblés pour couvrir une campagne politique sur l’île de Mindanao.

Le 23 novembre 2009, aux Philippines, une milice privée tenue par un gouverneur de la province de l’île de Mindanao assassine froidement 57 personnes, dont 32 journalistes. Ces derniers couvraient la campagne d’un candidat au poste de gouverneur, qui avait eu le malheur de défier le fils du gouverneur en place. La présence des journalistes était censée protéger le convoi du candidat, en route pour enregistrer officiellement sa candidature. C’est le plus grand massacre de l’histoire de la presse. Cinq ans plus tard, aucun jugement n’a été rendu, et au moins cinq témoins ont été assassinés ; la dernière victime a été tuée en novembre 2014 alors qu’elle se rendait chez le procureur pour témoigner.